Le campus de Jussieu abritait jusqu'en 2008 dans le 5ème arrondissement de Paris à l'emplacement des anciennes halles aux vins, les universités Pierre et Marie Curie, Denis Diderot et l'Institut Physique du Globe de Paris (IPGP) sur une superficie de 311 000 m2 shon.
Située sur les anciennes Halles aux vins détruites par des bombardements allemands en 1944, la construction d'une faculté des sciences de Paris a été décidée le 12 février 1958 par le président du Conseil.
Cette décision fut motivée par les nombreuses manifestations de professeurs et étudiants en sciences de Paris qui réclamaient la construction d'une nouvelle faculté en raison de l'augmentation des effectifs et du nombre insuffisant de locaux.
Quatre architectes furent choisis pour travailler sur ce projet : Urbain Cassan, Louis Madeline, René Coulon et Roger Seassel. Cette nouvelle faculté des sciences devait principalement abriter des laboratoires et permettre, par la suite, de désengorger les locaux de la Sorbonne devenus trop exigus.
Le premier bâtiment fut construit le long du quai Saint-Bernard en 1958 et l'année suivante, des travaux débutèrent le long de la rue Cuvier pour se terminer en 1961, date à laquelle un programme fut véritablement défini et un premier plan de masse élaboré. En 1962, André Malraux, alors ministre des affaires culturelles, visita le chantier et décida d'intégrer Edouard Albert à l'équipe des architectes. Il était alors peu connu du grand public mais ses réalisations avaient attiré l'attention de ses confrères.
Campus en construction - 1965
En 1962 Edouard Albert établit un premier plan de masse qui vint se substituer au précédent élaboré par ses coéquipiers architectes.
Le projet définitif fut approuvé en 1963 et la première réunion de chantier eut lieu en 1964.
Dès son arrivée et à la demande d'André Malraux, Edouard Albert apporta des changements significatifs au projet de ses confrères.
La future faculté des sciences envisagée par Edouard Albert
Un quadrilatère de 275 m sur 333m délimité par le quai Saint-Bernard, la rue Cuvier, la rue Jussieu et la rue des Fossés-Saint-Bernard. Les différents corps de bâtiments formaient un damier (appelé aujourd'hui Gril d'Albert) comprenant 21 cours de 45 m sur 33m, plus une cour d'honneur de 108m sur 84m.
Chaque corps de bâtiment de 18 m d'épaisseur a été contreventé par une ou deux tours circulaires en béton armé de 9,50 m de diamètre (rotondes), soit 34 tours au total, contenant les dessertes et réseaux. Les corps des bâtiments principaux ont été organisés sur plusieurs niveaux : le sous-sol, le niveau Saint Bernard, le niveau Jussieu plus cinq étages et enfin des terrasses.
Parallèlement, Edouard Albert prévoyait l'édification d'une tour carrée de 24 m de côté, haute de 85 m apportant une dominante verticale dans cet ensemble horizontal et qui devait surplomber la cour d'honneur. Elle constituait le symbole de la faculté et permettait d'obtenir, au final, le nombre de mètres carrés voulus. Cette disposition, inspirée du palais de l'Escurial à Madrid, obéissait principalement à deux exigences : un ensemble qui pouvait être construit de façon progressive et une spécialisation des bâtiments dont les études avaient montré que le L répondait le mieux à la forme d'une unité : la branche courte abritant l'enseignement, la plus longue la recherche.
La construction du campus de Jussieu illustrait bien la volonté des pouvoirs publics de l'époque en matière d'architecture universitaire, comme le montre cet extrait du procès-verbal de la séance du 25 avril 1963 présidée par le ministre d'Etat chargé des affaires culturelles, André Malraux.
« Monsieur le Ministre rappelle tout d'abord l'importance que le gouvernement attache à la construction de la nouvelle faculté des sciences sur l'emplacement de la Halle aux Vins et tient à souligner l'attention particulière qu'il porte à cette réalisation qui constituera une tentative assez exceptionnelle d'architecture linéaire devant permettre, si elle est acceptée, de confier la décoration de l'édifice à quelques-uns des plus grands artistes contemporains. »
Le choix d'André Malraux s'était porté sur Edouard Albert parce qu'il était l'un des rares architectes à avoir intégré dans ses réalisations des oeuvres d'artistes contemporains.
De nombreux artistes ont donc été pressentis pour réaliser des œuvres sur le campus dans le respect de la loi sur le 1% artistique : Henri Georges Adam, André Beaudin, Jean Claude Bédard, Jean Dubuffet, Léon Gischia, Jacques Lagrange, Henri Matisse, Pierre Manoli, Alexandre Calder, Pablo Picasso, Fernand Léger, Raoul Ubac, François Stahly, Victor Vasarely et Georges Braque.
En revanche, les peintures des toitures de Jean Claude Bédard ont disparu en raison de la réfection des terrasses et le jardin d'agrément de Chapelain-Midy, oeuvre réalisée partiellement, ne fut pas maintenu sur le campus.
D'autres projets furent abandonnés pour des raisons financières ou par manque de temps, comme la décoration de la tour par Georges Braque qui décéda avant sa réalisation.
Le campus de Jussieu ne fut pas réalisé tel qu'Edouard Albert l'avait envisagé : en 1968, il disparut prématurément et ses plans ne furent pas entièrement exécutés par ses coéquipiers architectes. Le Gril d'Albert resta inachevé : 37,5 barres et 24 rotondes furent construites au lieu des 55 barres et 34 rotondes prévues.
Le projet initial prévoyait d'accueillir 20 000 étudiants ; à la fin de la construction du campus la faculté en recevait déjà 30 000.